C’est souvent le point le plus tendu d’un divorce, parce qu’il touche à la fois à l’argent et à la lecture que chacun fait des années de mariage. La prestation compensatoire n’est cependant ni une indemnité de rupture, ni une récompense, ni une sanction. Elle répond à une question précise : le divorce laisse-t-il l’un des deux époux dans une situation matérielle nettement moins favorable que celle de l’autre, et pour des raisons liées au mariage ? Cette page explique comment se mesure cette disparité, quelles méthodes de chiffrage circulent en pratique, sous quelle forme la prestation se verse, comment elle est imposée et dans quels cas elle peut être révisée ou refusée. Pour le cadre général, voyez notre page avocat en divorce à Metz.
Ce qu’elle corrige, et ce qu’elle ne corrige pas
Quatre mécanismes sont régulièrement confondus. Les distinguer évite bien des malentendus.
- La prestation compensatoire corrige un déséquilibre durable entre les deux ex-époux, une fois le divorce prononcé. Elle a un caractère forfaitaire et définitif.
- La pension alimentaire au titre du devoir de secours n’existe que pendant l’instance : elle est fixée dans les mesures provisoires et cesse lorsque le divorce devient définitif.
- La liquidation du régime matrimonial répartit les biens et les dettes selon les règles du régime applicable. Elle n’a pas pour objet de compenser une inégalité de revenus.
- La contribution à l’entretien et à l’éducation des enfants est due à l’enfant, non au conjoint ; son montant et son sort suivent des règles propres, exposées avec l’organisation de la résidence des enfants et du droit de visite.
Une prestation compensatoire peut donc être due à un époux qui reçoit par ailleurs la moitié d’un patrimoine commun, comme elle peut être refusée à un époux qui n’en reçoit rien : ce sont deux raisonnements indépendants.
Comment la disparité s’apprécie
Le juge se place au moment du divorce et tient compte de l’évolution prévisible de la situation de chacun. Il ne compare pas seulement deux salaires : il examine l’ensemble des ressources et des besoins, y compris ce que chacun retirera de la liquidation du régime matrimonial et les droits à la retraite que chacun a constitués ou perdus.
Pour lui permettre ce travail, les époux doivent produire une déclaration sur l’honneur certifiant l’exactitude de leurs ressources, revenus, patrimoine et conditions de vie. Les pièces qui la soutiennent sont décisives : avis d’imposition, bulletins de salaire, relevés de comptes, comptes sociaux d’une entreprise, relevés de carrière, estimations immobilières. Dans les dossiers mosellans, la question se complique souvent d’un élément transfrontalier : un salaire luxembourgeois, un régime de retraite étranger ou une épargne-pension au Grand-Duché doivent être documentés pour être pris en compte.
Une question sur votre situation ? Maître Gonzales vous reçoit à Metz pour faire le point sur votre dossier.
Les critères énumérés par la loi
L’article 271 du Code civil dresse une liste que le juge examine notamment :
- la durée du mariage ;
- l’âge et l’état de santé des époux ;
- leur qualification et leur situation professionnelles ;
- les conséquences des choix professionnels faits pendant la vie commune pour l’éducation des enfants, ou pour favoriser la carrière du conjoint au détriment de la sienne ;
- le patrimoine estimé ou prévisible de chacun, en capital et en revenu, après la liquidation du régime matrimonial ;
- leurs droits existants et prévisibles ;
- leur situation respective en matière de pensions de retraite, en tenant compte de la diminution de droits subie par l’époux qui s’est consacré à la famille.
Deux critères sont sous-exploités dans beaucoup de dossiers : les droits à la retraite, qu’il faut chiffrer relevé de carrière en main, et le patrimoine après liquidation, qui suppose d’avoir au moins esquissé le partage avant de plaider.
Les méthodes de calcul : des repères, pas un barème
Aucun barème officiel ne fixe la prestation compensatoire. Les praticiens utilisent néanmoins des formules simples, dont plusieurs circulent dans les écritures et les décisions, pour donner un ordre de grandeur. Trois sont couramment citées :
- La méthode dite du tiers : un tiers de la différence des revenus annuels, multiplié par la moitié de la durée du mariage exprimée en années.
- La méthode dite des points : on retient la moitié de l’écart de revenus mensuels comme unité de base, à laquelle on applique un nombre de points tenant compte de l’âge du créancier et de la durée du mariage.
- La méthode dite des 20 % : 20 % de la différence de revenus annuels, multipliés par huit.
Ces méthodes n’ont aucune valeur officielle et ne lient ni les parties ni le juge. Appliquées à un même dossier, elles donnent des résultats sensiblement différents — un écart de un à deux n’est pas rare. Leur utilité est ailleurs : elles fournissent une fourchette de discussion, à corriger ensuite par les éléments que les formules ignorent, notamment l’état de santé, la situation patrimoniale réelle et les droits à la retraite.
Sous quelle forme elle se verse
Le principe est le capital. Il peut prendre trois formes, seules ou combinées : le versement d’une somme d’argent ; l’attribution de biens en propriété ; l’abandon d’un droit temporaire ou viager d’usage, d’habitation ou d’usufruit. L’attribution d’un bien immobilier en paiement est fréquente lorsque le couple est propriétaire, à condition d’avoir mesuré ses conséquences fiscales.
Lorsque le débiteur ne peut pas régler immédiatement, le juge peut autoriser un versement échelonné, dont la durée ne peut excéder huit ans. Il s’agit toujours d’un capital, simplement fractionné. Le débiteur conserve la possibilité de se libérer par anticipation du solde.
La rente viagère est devenue exceptionnelle : elle suppose une décision spécialement motivée, justifiée par l’âge ou l’état de santé du créancier qui ne lui permettent pas de subvenir à ses besoins. Elle peut être minorée par l’attribution d’une fraction en capital. Enfin, en cas de décès du débiteur, la charge de la prestation est en principe transmise à ses héritiers et prélevée sur la succession.
La fiscalité, poste à ne pas découvrir après coup
Le régime dépend du calendrier de paiement, non de la dénomination retenue dans le jugement ou la convention.
- Capital versé en une fois ou sur une période inférieure à douze mois à compter du moment où la décision est passée en force de chose jugée : le débiteur bénéficie d’une réduction d’impôt de 25 % des sommes versées, dans la limite d’un plafond de versements de 30 500 €. La réduction maximale s’élève donc à 7 625 €. Le bénéficiaire, lui, n’est pas imposé sur les sommes reçues.
- Versements échelonnés au-delà de douze mois, ou rente : le régime des pensions alimentaires s’applique. Le débiteur déduit les versements de son revenu global, et le bénéficiaire les déclare comme un revenu imposable.
L’écart d’impôt entre ces deux scénarios est significatif, dans un sens comme dans l’autre selon les tranches d’imposition respectives. Il fait pleinement partie de la négociation : un montant brut identique n’a pas le même coût net selon la forme choisie. Les règles fiscales évoluant, le montage doit être vérifié au moment de la signature.
Révision, suppression, refus
La prestation en capital est, par nature, définitive : son montant ne se révise pas. Seules les modalités de paiement d’un capital échelonné peuvent être modifiées en cas de changement important de la situation du débiteur, et le créancier peut, à l’inverse, demander le paiement du solde restant.
La rente obéit à un régime plus souple : elle peut être révisée, suspendue ou supprimée en cas de changement important dans les ressources ou les besoins de l’une des parties, sans pouvoir être portée à un niveau supérieur à celui fixé à l’origine. Sa conversion en capital peut également être demandée.
Enfin, la prestation peut être refusée. Le juge peut écarter la demande si l’équité le commande, au regard des critères de l’article 271 ou lorsque le divorce est prononcé aux torts exclusifs de l’époux qui la réclame, compte tenu des circonstances particulières de la rupture. Ce refus n’est jamais automatique : c’est une faculté, exercée au cas par cas. À l’inverse, choisir une voie procédurale qui écarte le débat sur les fautes, comme le divorce accepté, recentre la discussion sur les seuls éléments économiques du dossier.
Questions fréquentes
La prestation compensatoire est-elle automatique après un long mariage ?
Non. La durée du mariage est l’un des critères, mais elle ne suffit pas : il faut établir une disparité dans les conditions de vie créée par la rupture. Un couple aux revenus et aux droits à la retraite comparables n’y donne pas lieu, même après trente ans.
Existe-t-il un barème de calcul ?
Aucun barème officiel. Les formules utilisées par les praticiens, comme la méthode du tiers ou celle des 20 %, ne servent qu’à baliser une négociation. Le juge apprécie souverainement au regard des critères légaux.
Peut-on prévoir une prestation compensatoire dans un divorce amiable ?
Oui, et c’est fréquent. La convention en fixe librement le montant, la forme et le calendrier. Il est vivement conseillé d’y préciser le régime fiscal retenu, car il découle du délai de versement.
Que se passe-t-il si le débiteur ne paie pas ?
La décision ou la convention constitue un titre exécutoire : les voies d’exécution habituelles sont ouvertes, notamment la saisie. Le non-paiement peut en outre relever du délit d’abandon de famille lorsque ses conditions sont réunies.
Le remariage du bénéficiaire supprime-t-il la prestation ?
Un capital reste dû : il n’est pas remis en cause. Pour une rente, en revanche, le remariage ou un changement significatif de situation peut justifier une demande de révision, de suspension ou de suppression devant le juge.

Rédigé par
Maître Anabel Gonzales
Avocate au barreau de Metz
Droit de la famille et des successions : divorce, séparation, partage, succession, protection des proches. Maître Gonzales vous reçoit au cœur de Metz, à quelques pas du Palais de Justice.
60 rue Serpenoise, 57000 Metz03 87 32 56 97
Sources
- Code civil, articles 270 à 272 (principe, critères, déclaration sur l’honneur).
- Code civil, articles 274 à 275-1 (formes du capital, échelonnement sur huit ans), 276 à 276-4 (rente exceptionnelle, révision, conversion) et 280 (décès du débiteur).
- Code général des impôts, article 199 octodecies (réduction d’impôt de 25 % pour un capital versé dans les douze mois, plafond de 30 500 €).
- Impots.gouv.fr — Prestation compensatoire : régime fiscal du capital, des versements échelonnés et de la rente.
- Service-public.gouv.fr — Prestation compensatoire : conditions, formes de versement et révision.
À lire aussi
Ressources, patrimoine après partage, droits à la retraite, coût fiscal : ces éléments se documentent en amont, qu’il s’agisse de demander ou de contester. Prendre rendez-vous avec le cabinet.
Information générale à but pédagogique, non contractuelle et sans valeur de consultation. Les méthodes de calcul évoquées sont indicatives et dépourvues de valeur officielle ; le régime fiscal doit être vérifié à la date de la signature.