Le certificat d’héritier

administrateur

Rédigé par Maître Anabel Gonzales, avocate au barreau de Metz · Mis à jour le

En bref — Le certificat d’héritier est l’instrument propre au droit local qui remplace, en Moselle, dans le Bas-Rhin et dans le Haut-Rhin, l’acte de notoriété du reste de la France. Il repose sur les articles 74 à 77 de la loi du 1er juin 1924, complétés par les dispositions du code civil local maintenues en vigueur. Il est délivré par le tribunal du lieu d’ouverture de la succession, c’est-à-dire du dernier domicile du défunt, au vu de pièces authentiques et d’une affirmation reçue sous serment. En cas de doute sur l’existence d’autres successibles, le tribunal peut procéder à une sommation publique. Le certificat fait présumer l’exactitude des droits qu’il énonce, protège les tiers de bonne foi, et vaut acte de notoriété sur tout le territoire français — mais il peut être retiré s’il se révèle inexact.

Après un décès, la première question posée par une banque, un assureur ou un notaire est toujours la même : prouvez que vous êtes héritier. Dans la plupart des départements, la réponse tient dans un acte de notoriété notarié. En Moselle, elle porte un autre nom et emprunte un autre chemin : celui du certificat d’héritier, héritage direct de la période allemande, conservé par le législateur de 1924 parce qu’il fonctionnait. Cette page explique ce qu’est ce document, qui le délivre, quelles pièces réunir, ce qu’il prouve exactement, comment le contester — et pourquoi il ne suffit pas à régler une succession immobilière. Il s’inscrit dans les particularités décrites dans notre guide sur le droit local en matière de succession et de divorce en Moselle.

Un document propre à trois départements

Le certificat d’héritier est la version française de l’Erbschein allemand. Lorsque la loi du 1er juin 1924 a introduit la législation civile française dans les trois départements, elle a maintenu ce mécanisme aux articles 74 à 77, en conservant les dispositions du code civil local qui en règlent le détail.

Le critère d’application est simple, et c’est le seul qui compte : le lieu d’ouverture de la succession, déterminé par le dernier domicile du défunt. Ni la nationalité, ni le lieu de naissance, ni la situation des biens n’entrent en ligne de compte. Une personne domiciliée à Metz à son décès ouvre une succession locale, même si elle détenait un appartement à Nice. À l’inverse, un défunt domicilié en Meurthe-et-Moselle relève de l’acte de notoriété, quand bien même il laisserait une maison à Sarreguemines.

Qui peut le demander, et à qui

La demande est ouverte à toute personne qui se prévaut d’un droit dans la succession : héritier légal, légataire universel — que la loi assimile à l’héritier — ou bénéficiaire d’une disposition à cause de mort. Plusieurs héritiers peuvent figurer sur un même certificat, avec leurs quotes-parts.

La délivrance relève du tribunal du lieu d’ouverture de la succession. La compétence appartenait au tribunal d’instance ; depuis la réorganisation des juridictions civiles au 1er janvier 2020, elle est exercée au sein du tribunal judiciaire, dont le greffe instruit la demande — à Metz, à Thionville ou à Sarreguemines selon le domicile du défunt ; la section ou la formation chargée du droit local se vérifie auprès du greffe. Le notaire chargé de la succession intervient en pratique à toutes les étapes.

Une question sur votre situation ? Maître Gonzales vous reçoit à Metz pour faire le point sur votre dossier.

Prendre rendez-vous03 87 32 56 97

Les pièces à réunir

La requête doit établir par des documents authentiques les éléments objectifs de la dévolution. En pratique, cela signifie réunir :

  • la copie intégrale de l’acte de décès ;
  • les actes d’état civil du défunt et de chaque héritier : naissance, mariage, et le cas échéant décès d’un héritier prédécédé ;
  • le livret de famille et, s’il en existe un, le contrat de mariage ;
  • le cas échéant, le jugement ou la convention de divorce, qui modifie les droits du conjoint ;
  • le testament ou la donation entre époux, ainsi que le résultat de l’interrogation du fichier central des dispositions de dernières volontés ;
  • les justificatifs d’identité et de domicile des requérants.

Lorsqu’un acte d’état civil est étranger, il faut prévoir la traduction et, selon l’État, la légalisation ou l’apostille. Dans un département frontalier, c’est souvent ce point — et non le droit — qui commande le calendrier.

L’affirmation sous serment et la sommation publique

Tout ne se prouve pas par acte authentique : l’existence ou l’absence d’autres successibles, la connaissance d’un testament, la réalité d’une renonciation relèvent de la déclaration. Le droit local exige alors une affirmation sous la foi du serment, dite affirmation sacramentelle, que la jurisprudence de la cour d’appel de Colmar réserve au notaire. Elle engage la responsabilité de celui qui affirme.

Si un doute subsiste sur l’existence d’héritiers inconnus, le tribunal peut ordonner une sommation publique : insertion au Journal officiel et dans un journal d’annonces légales, affichage au tribunal, avec un délai d’environ six semaines laissé aux intéressés pour se manifester. Le tribunal peut aussi entendre celui qui s’oppose au requérant lorsqu’une contestation est déjà pendante ou lorsqu’un écrit non authentique prétend écarter un successible.

Ce que le certificat contient et ce qu’il prouve

Le certificat désigne les héritiers et leurs quotes-parts. Il mentionne aussi, selon les cas, les legs portant sur des immeubles et le régime matrimonial du défunt, deux informations décisives pour la suite.

Sa force probante est celle d’une présomption simple : la personne que le certificat désigne est présumée avoir le droit héréditaire qui y figure, et c’est à celui qui le contredit d’établir le contraire. La présomption ne couvre que les mentions du certificat, pas les faits qui n’y ont pas été déclarés.

S’y ajoute une protection des tiers : celui qui, de bonne foi, acquiert un bien de la succession ou paie entre les mains de l’héritier désigné est protégé, le contenu du certificat étant réputé exact en sa faveur. Cette protection tombe s’il connaissait l’inexactitude du document ou savait que sa restitution avait été demandée. Cette combinaison explique la longévité de l’institution.

Certificat d’héritier ou acte de notoriété : les vraies différences

Les deux documents ont la même fonction et se valent en principe : le certificat vaut acte de notoriété sur tout le territoire français, et l’acte de notoriété vaut certificat pour une succession ouverte hors des trois départements. Les différences portent sur la fabrication plus que sur le résultat.

  • L’autorité : un tribunal d’un côté, un notaire de l’autre.
  • Le contrôle : le tribunal dispose de moyens de vérification propres, jusqu’à la sommation publique, là où l’acte de notoriété repose largement sur les déclarations des comparants.
  • Les effets : la présomption d’exactitude et la protection des tiers de bonne foi sont expressément organisées par le droit local.
  • La correction des erreurs : le certificat inexact fait l’objet d’un retrait par le tribunal, avec un régime de publicité propre.

Ce que le certificat ne permet pas de faire

C’est le malentendu le plus coûteux. Le certificat prouve la qualité d’héritier ; il ne transfère rien et ne met pas à jour le registre immobilier. Pour faire inscrire les héritiers sur un immeuble local, la pratique repose sur un acte notarié — attestation immobilière après décès, puis le cas échéant acte de partage — déposé en requête d’inscription auprès du bureau foncier ; les pièces exigées se valident auprès du notaire ou du bureau foncier. Le fonctionnement de ce registre, les pièces exigées et les conséquences d’un défaut d’inscription sont détaillés dans notre page sur le livre foncier et la succession immobilière.

Le certificat ne règle pas davantage la répartition des biens. Il dit qui hérite et dans quelle proportion, non qui reçoit quoi. Lorsque les héritiers ne s’accordent pas, c’est une autre procédure qui prend le relais, celle du partage judiciaire en Alsace-Moselle, qui suppose précisément que la qualité des héritiers soit d’abord établie. Enfin, lorsque la succession présente une dimension internationale, un autre titre peut être utile en parallèle : le certificat successoral européen, destiné à faire reconnaître la qualité d’héritier dans les autres États membres.

Contester, faire retirer le certificat, coût et délai

Le certificat n’a pas l’autorité d’un jugement. Celui qui s’estime héritier peut rapporter la preuve contraire et demander au tribunal le retrait du certificat inexact : à compter du retrait, le document cesse de produire effet, et si sa restitution matérielle est impossible, le tribunal en prononce la nullité, avec publicité. L’héritier véritable peut aussi exiger la restitution du certificat et obtenir des informations sur la consistance de la succession.

Sur le coût, deux ordres de frais doivent être distingués : la procédure devant le tribunal ne génère pas d’émoluments notariés, tandis que l’affirmation sacramentelle et les actes annexes relèvent du tarif réglementé des notaires. Mieux vaut demander un chiffrage préalable, le certificat n’étant qu’une pièce d’un ensemble plus large.

Le délai, lui, dépend de l’état du dossier. Une succession simple, avec des pièces d’état civil françaises complètes et aucun doute sur la dévolution, s’instruit en quelques semaines. Un testament contesté, un héritier introuvable, des actes à faire venir d’Allemagne ou du Luxembourg, une sommation publique à publier : chacun de ces éléments ajoute des semaines.

Questions fréquentes

Le certificat d’héritier est-il obligatoire ?

Il n’est pas imposé pour toute succession. Pour de faibles avoirs bancaires, des pièces simples suffisent souvent. Il devient en pratique incontournable dès qu’un immeuble local est en jeu, qu’un établissement exige une preuve solide de la qualité d’héritier ou qu’un partage doit être engagé.

Un certificat d’héritier est-il valable hors d’Alsace-Moselle ?

Oui. Il vaut acte de notoriété sur l’ensemble du territoire français. Réciproquement, un acte de notoriété dressé par un notaire vaut certificat lorsque la succession s’est ouverte hors des trois départements.

Que faire si un héritier a été oublié ?

L’héritier omis peut demander au tribunal le retrait du certificat et exiger sa restitution, ainsi que des renseignements sur la consistance de la succession. Les actes passés par un tiers de bonne foi avant le retrait restent en principe protégés.

Faut-il passer par un notaire pour obtenir le certificat ?

La délivrance relève du tribunal, mais l’affirmation sous serment exigée par le droit local est reçue par un notaire, qui établira ensuite les actes nécessaires à l’inscription au livre foncier.

Le certificat suffit-il pour vendre la maison du défunt ?

Non. Il faut au préalable faire inscrire les droits des héritiers au livre foncier, à partir d’un acte notarié, puis que tous les indivisaires consentent à la vente ou qu’un partage soit organisé.

Maître Anabel Gonzales, avocate au barreau de Metz

Rédigé par

Maître Anabel Gonzales

Avocate au barreau de Metz

Droit de la famille et des successions : divorce, séparation, partage, succession, protection des proches. Maître Gonzales vous reçoit au cœur de Metz, à quelques pas du Palais de Justice.

60 rue Serpenoise, 57000 Metz03 87 32 56 97

Prendre rendez-vousLe cabinet

Sources

  • Loi du 1er juin 1924 mettant en vigueur la législation civile française dans les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle — articles 74 à 77 (succession ; certificat d’héritier).
  • Dispositions du code civil local relatives au certificat d’héritier, maintenues en vigueur par la loi du 1er juin 1924 (preuve, présomption d’exactitude, protection des tiers, retrait).
  • Code civil, article 730-1 (acte de notoriété dressé par notaire, droit général).
  • CDAD de la Moselle — fiche « Successions et partage en droit local » (certificat d’héritier, greffe du tribunal judiciaire).
  • Institut du droit local alsacien-mosellan — documentation sur le certificat d’héritier et l’affirmation sacramentelle.
Une succession bloquée faute de titre ?
Constituer le bon dossier dès le départ évite des mois de va-et-vient entre le greffe, la banque et l’étude notariale. Prendre rendez-vous avec le cabinet.

Information générale à but pédagogique, non contractuelle et sans valeur de consultation. Les modalités de délivrance et les pièces exigées varient selon les juridictions et la configuration familiale : faites vérifier votre dossier par un professionnel avant de le déposer.