Le partage après séparation ou divorce

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Rédigé par Maître Anabel Gonzales, avocate au barreau de Metz · Mis à jour le

En bref — Le divorce met fin au mariage ; il ne répartit pas le patrimoine. Deux opérations s’enchaînent : la liquidation du régime matrimonial, qui dit ce qui revient à chacun en valeur, puis le partage, qui attribue les biens en nature. Le notaire est incontournable dès qu’un immeuble est en jeu. Budget : un droit de partage de 1,1 % de l’actif net partagé (art. 746 du CGI) et des émoluments dégressifs, 0,998 % HT au-delà de 60 000 €. Les créances entre époux se prescrivent en principe par cinq ans à compter du divorce définitif. En droit local alsacien-mosellan, le partage judiciaire est conduit par un notaire désigné par le tribunal.

Beaucoup d’ex-époux découvrent après coup que leur divorce n’a rien réglé de leur patrimoine. Le jugement prononce la rupture, organise la résidence des enfants, fixe une pension ; mais la maison reste au nom des deux, le crédit continue de courir, l’épargne dort sur des comptes que personne n’ose toucher. Le partage est en effet une opération autonome, avec ses acteurs, ses coûts et son calendrier. Cette page en donne la vue d’ensemble : la mécanique, les rôles, les frais, les blocages et les délais. Le premier pas consiste presque toujours à faire établir la liquidation du régime matrimonial, qui sert de socle à tout le reste.

Divorce et partage : deux opérations distinctes

Le divorce dissout le mariage et, avec lui, le régime matrimonial. Il ne fait que cela. Ce qui suit relève d’un autre registre : établir la consistance des masses, arrêter des valeurs, régler les comptes entre époux, puis composer et attribuer des lots.

Les deux questions peuvent se traiter ensemble ou séparément. Quand les époux s’entendent, la convention de divorce annexe l’état liquidatif et l’affaire est close le jour du divorce. À défaut d’accord, le juge saisi du divorce ne statue sur la liquidation que si le dossier comporte des éléments suffisants ; sinon il prononce le divorce et laisse le partage à une procédure ultérieure (art. 265-2 et 267 du Code civil). Autrement dit, rien n’oblige à sortir du divorce avec un patrimoine partagé, et bien des dossiers s’achèvent sur une indivision que personne n’a voulue.

Les trois temps : liquider, évaluer, attribuer

Liquider. Il s’agit de reconstituer les masses. Sous le régime légal, on sépare les biens communs des biens propres de chacun : c’est là que se joue l’essentiel, et la frontière entre ce qui entre dans la communauté et ce qui reste propre se révèle souvent plus subtile que prévu. Sous un contrat de séparation de biens, il n’existe pas de masse commune, mais presque toujours une indivision sur le logement et des créances croisées à chiffrer. Viennent ensuite les comptes : les récompenses entre un époux et la communauté, les dettes remboursées par un seul, les fonds propres injectés dans un bien commun.

Évaluer. Les biens sont retenus pour leur valeur au jour du partage, non au jour du divorce. Une maison qui s’apprécie pendant deux ans de discussions modifie la soulte d’autant. Le désaccord sur le prix de l’immeuble est la première cause d’enlisement ; une expertise, contradictoire ou judiciaire, tranche la question.

Attribuer. On compose des lots d’égale valeur et on les répartit ; celui qui reçoit un bien excédant ses droits verse une soulte. Le partage peut être total ou partiel, amiable ou judiciaire.

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Qui fait quoi : notaire, avocat, juge

  • Le notaire rédige l’état liquidatif et l’acte de partage, accomplit les formalités de publicité et liquide les droits d’enregistrement. Tenu à l’impartialité, il ne peut défendre l’un contre l’autre.
  • L’avocat défend les intérêts d’un seul époux : il conteste une évaluation, réclame une récompense oubliée, chiffre une indemnité d’occupation, négocie la soulte, saisit le tribunal s’il le faut. La répartition des tâches entre le rôle du notaire et celui de l’avocat se résume ainsi : l’un instrumente, l’autre défend.
  • Le juge n’intervient qu’en cas de désaccord persistant. Dès la procédure de divorce, il peut toutefois désigner un notaire chargé d’élaborer un projet de liquidation et de formation des lots (art. 255, 10° du Code civil).

Avant, pendant ou après le divorce : le calendrier réel

Dans un divorce par consentement mutuel, le partage commande le divorce : la convention ne se signe pas tant que l’état liquidatif n’est pas prêt. Comptez deux à quatre mois pour un patrimoine simple, davantage dès qu’un immeuble doit être évalué et un prêt renégocié. Le facteur limitant est rarement juridique : c’est la banque, ou le temps de vendre.

Dans un divorce contentieux, la liquidation suit le plus souvent le divorce. Les ex-époux se retrouvent en indivision post-communautaire, parfois des années : qui paie le crédit, qui occupe, qui entretient. Mieux vaut organiser les règles de cette période que les subir — c’est l’enjeu de l’indivision après le divorce. Le sort du toit familial commande d’ailleurs tout le calendrier : vendre, racheter ou attendre, trois branches détaillées dans notre guide sur le sort du logement familial.

Ce que coûte un partage

  • Le droit de partage : 1,1 % de l’actif net partagé, c’est-à-dire l’actif brut diminué du passif de la masse indivise (art. 746 du CGI, taux réduit propre aux partages consécutifs à un divorce, une séparation de corps ou une rupture de PACS). Entre concubins, le taux de droit commun de 2,5 % demeure.
  • Les émoluments du notaire, proportionnels et dégressifs, calculés par tranches sur l’actif brut partagé : 4,837 % jusqu’à 6 500 €, 1,995 % de 6 500 à 17 000 €, 1,330 % de 17 000 à 60 000 €, puis 0,998 % au-delà — taux hors taxes. Des remises sont possibles, dans les limites du tarif, sur la part correspondant aux valeurs les plus élevées.
  • Les frais annexes (publicité, relevé du livre foncier, débours, expertise) et les honoraires d’avocat, libres, fixés par convention écrite.

Un mécanisme mérite d’être connu : quand le partage porte sur des biens dépendant d’une communauté conjugale et n’intervient qu’entre les membres originaires de l’indivision, la soulte n’est pas taxée comme une vente et la plus-value immobilière n’est pas imposée ; seul le droit de partage est dû (art. 748 du CGI).

Les blocages les plus fréquents

  1. La valeur de l’immeuble, chacun s’appuyant sur l’estimation qui l’arrange.
  2. Le refus de la banque de désolidariser l’emprunteur qui part, ce qui rend le rachat impossible même en cas d’accord.
  3. Les comptes contestés : indemnité d’occupation, échéances réglées par un seul, travaux payés avec des fonds propres, donation réinvestie sans déclaration de remploi.
  4. L’opacité du patrimoine : parts de société non évaluées, épargne-pension luxembourgeoise, assurance-vie dont la valeur de rachat reste cachée. Et parfois le refus de signer, utilisé comme monnaie d’échange.

Aucun n’est définitif. La loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 a même élargi les voies de sortie : elle réécrit l’article 840 du Code civil pour y inclure expressément la liquidation et le partage des intérêts patrimoniaux des époux, des partenaires de PACS et des concubins, et l’article 815-6 permet de demander au juge l’autorisation de vendre seul un bien indivis en cas d’urgence et d’intérêt commun. Certaines modalités attendent un décret d’application. Cette voie contentieuse est détaillée dans notre guide sur le partage bloqué et le partage judiciaire.

Combien de temps a-t-on pour agir ?

Le droit de demander le partage ne s’éteint pas : nul ne peut être contraint de demeurer dans l’indivision. Mais plusieurs créances réglées dans le partage se prescrivent.

  • Les créances entre époux se prescrivent en principe par cinq ans, la prescription étant suspendue pendant le mariage et courant du divorce devenu définitif.
  • Sous le régime de participation aux acquêts, l’action en liquidation de la créance de participation se prescrit par trois ans à compter de la dissolution du régime (art. 1578 du Code civil).
  • L’indemnité d’occupation et les fruits de l’indivision ne se réclament que pour les cinq années précédant la demande (art. 815-10 du Code civil) : chaque année d’attente est une année perdue.

Metz et la Moselle : ce que change le droit local

Un partage portant sur un immeuble situé en Moselle n’obéit pas exactement aux mêmes règles qu’ailleurs : la loi du 1er juin 1924 y a maintenu un droit local aux effets très concrets. La publicité foncière passe par le livre foncier, tenu sous le contrôle d’un juge, et non par le fichier immobilier : l’acte de partage doit être rédigé en vue de cette inscription. Surtout, le partage judiciaire est confié au notaire : saisi de la demande, le tribunal renvoie les parties devant un notaire qu’il désigne, lequel convoque les indivisaires, dresse les procès-verbaux, fait procéder aux expertises et forme les lots sous le contrôle du juge — logique inverse de celle du droit commun.

Les contestations relèvent du tribunal judiciaire de Metz, 3 rue Haute Pierre, la Moselle comptant aussi les tribunaux judiciaires de Thionville et de Sarreguemines. Autre réalité locale : avec environ 131 300 frontaliers français employés au Luxembourg en 2026, beaucoup de partages mosellans intègrent des avoirs détenus au Grand-Duché — compte-titres, épargne-pension, indemnités de fin de carrière — dont l’évaluation exige des pièces qu’il faut réclamer tôt.

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Questions fréquentes

Le divorce partage-t-il automatiquement les biens ?

Non. Le divorce dissout le régime matrimonial, mais le partage est une opération distincte. Tant qu’aucun acte de partage n’a été signé, les ex-époux demeurent en indivision sur les biens non attribués.

Faut-il obligatoirement passer chez le notaire ?

Dès que le partage porte sur un immeuble, l’acte notarié est indispensable pour permettre l’inscription au livre foncier. Pour un patrimoine purement mobilier, un partage amiable écrit peut suffire, mais l’acte notarié reste préférable pour sa force probante.

À quelle date les biens sont-ils évalués ?

Au jour du partage, et non au jour du divorce. Les évolutions du marché immobilier pendant les discussions modifient donc la soulte, dans un sens comme dans l’autre.

Peut-on partager une partie seulement du patrimoine ?

Oui. On attribue par exemple les comptes et les véhicules en laissant l’immeuble en indivision, le temps d’une vente ou d’un refinancement. Il faut alors écrire précisément qui supporte quelles charges.

Que faire si l’autre refuse de signer l’acte de partage ?

Nul ne peut être contraint de rester dans l’indivision. Après avoir justifié de diligences en vue d’un partage amiable, il est possible d’assigner en partage judiciaire ; en Moselle, le tribunal renvoie les parties devant un notaire qu’il désigne.

Maître Anabel Gonzales, avocate au barreau de Metz

Rédigé par

Maître Anabel Gonzales

Avocate au barreau de Metz

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Sources

  • Code civil, articles 255, 262-1, 265-2 et 267 (effets du divorce et liquidation), 815 à 815-17 (indivision), 831 et 1476 (attribution préférentielle).
  • Code général des impôts, articles 746 et 748 ; BOFiP, série BOI-ENR-PTG (droit de partage, soultes).
  • Code de commerce, articles A444-53 et suivants — tarif réglementé des notaires, émoluments proportionnels de partage.
  • Loi du 1er juin 1924 mettant en vigueur la législation civile française dans le Bas-Rhin, le Haut-Rhin et la Moselle.
  • Loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 visant à simplifier la sortie de l’indivision et la gestion des successions vacantes (JO du 8 avril 2026) ; analyse juridique ANIL, 2026.
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